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Chers
Amis,
Nous revoilà pour un nouveau bilan.
Il me revient de vous dire le rapport moral.
Quoi de neuf depuis
l’année dernière ?
Je suis tenté de vous dire que tout va bien pour l’ARIT. Cà vous en
bouche un coin, non ?
Et
pourtant, ça marche : les éducateurs éduquent, le directeur
dirige, les médecins sont débordés, la psychologue ne sait plus où
donner de la tête, l’assistante sociale croule sous les dossiers, les
infirmières pansent, la secrétaire a des durillons au bout des doigts,
et les stagiaires sont béats d’admiration devant tant de travail
accompli…
Quant
au conseil d’administration, c’est le rêve : voyage d’étude
en Colombie, séminaire de formation au Maroc, week-ends répétés en
Suisse, etc…
Vous
avez remarqué que cette année nous n’avons pas distribué de mouchoirs
avant la lecture du rapport financier.
Vous aurez aussi remarqué que l’équipe éducative a su mettre en place
un projet qui tient la route ; je veux parler du SARRA (anciennement
Boutique), Service Avancé de Réduction des Risques en Addictologie.
Ce qui m’amène à vous dire la chose la plus importante.
Figurez-vous que nous sommes venus au bout de la toxicomanie et des
toxicomanes. Vrai de vrai !
Il n’y en a plus.
Bon, peut être il en reste un ou deux qui se cachent, mais on les
trouvera.
Maintenant
l’ARIT ne reçoit plus de toxicomanes ; l’ARIT reçoit des
usagers de drogue. C’est pas du tout pareil.
Ce sont des consommateurs.
Et ça change tout.
Le toxico est devenu un sujet comme un autre. Et il va falloir
s’adapter. Je vous répète ce que je vous disais l’année dernière ;
ce n’est plus le produit qui fait le toxicomane, enfin, presque.
Parce que le produit, ce n’est pas ce qui manque. Après le Prestige,
voici la marée blanche, et, la marée brune continue de monter. Et
toujours pas de traitement de substitution pour rassurer les soignants.
Au fond l’usager de drogue en 2004, c’est un personnage assez typique :
il surfe sur une mer d’alcool, agitée, un pétard au coin de la bouche,
un rail de coke dans les narines, dans son sac de sport il y a du Subutex
et du Rohypnol, pour le cas où. Sur la plage, les intervenants en
toxicomanie (excusez-moi, j’ai oublié de vous prévenir, qui dit usager
de drogue, dit intervenant en toxicomanie) prêts à plonger au moindre
signe de détresse.
Question :
l’usager de drogues sait-il nager ?
Merci, à l’année prochaine.
J
Castro, le 22 avril 2004. |